13 ème dimanche du Temps Ordinaire
Dimanche 28 juin à L’Aigle
1. Tous les prêtres du diocèse, nous avons un WhatsApp commnautaire
depuis relativement peu de temps et cela est bien utile quand c’est le jour
de l’anniversaire de l’un ou de l’autre, pour lui manifester notre amitié. En
ce moment, c’est l’époque de l’anniversaire de nos ordinations qui
traditionnellement dans l’Eglise depuis très longtemps se célèbrent au
plus proche de la solennité des saint Pierre et Paul, le 29 juin. Et hier 27
juin, par exemple, c’était l’anniversaire d’ordination de Pierre-Yves Emile,
curé deux mois encore à Argentan, de Christophe Peschet, curé à La
Ferté-Macé, Van-Marie Boni, qui était à la Brardière, maintenant
aumônier des collèges et lycées d’Alençon, de don Paul Denizot, de la
communauté saint Martin, recteur à Montligeon. Nos smartphones ont
« chauffé ».
2. Après avoir été naïvement encensés, à cause des clichés que l’on
projetait sur eux :
- le stéréotype du célibat courageusement enduré et qui faisait d’eux des
hommes complètement à part,
- le cliché aussi d’être les hommes « consacrés », donc « sacrés », donc
« purs » et sans défauts…
A cause de la déchristianisation qui s’est largement répandue, et les
nombreux scandales qui ont entaché la réputation de l’Eglise, il faut bien
admettre que dans beaucoup de diocèses, les prêtres ont subi un coup de
blues historique.
3. Et cependant, cependant, avec l’exemple de notre WhatsApp
sacerdotal, cela ne doit pas cacher non plus la réalité non moins présente
de la grande fraternité, de la grande amitié, qui existe aussi entre nous.
C’est vrai : l’appel profond et réel du Seigneur, en un temps particulier de
leur vie, enfant, ou adolescent ou déjà jeune adulte, les études que nous
avons suivies dans le même séminaire avec les mêmes professeurs ou les
mêmes livres, la fraternité que nous vivons dans des petites cellules de
prêtres qui se retrouvent longuement une fois par an, ou bien 5 ou 6 fois
dans l’année, l’attachement profond que nous éprouvons tous à un
territoire particulier, notre diocèse, avec les diverses nominations qui
nous font aller d’un point à un autre du diocèse et qui nous font
réellement aimer le territoire où nous sommes appelés, le pays de Sées,
ou le Bocage ou le pays d’Ouche en ce qui me concerne…, tous ces points
communs nous donnent, à nous prêtres du diocèse de Sées, une espèce
de complicité, un accord profond les uns avec les autres, qui va bien au-
delà de nos divergences parfois bien réelles qui s’expriment parfois sans
fard ou faux-fuyant sur la liturgie, la politique, ou même l’Eglise !
3. Personnellement, comme prêtre, je me retrouve bien dans le
personnage d’Elisée mis en scène dans la 1 ère lecture, pour plusieurs
raisons : la première et non des moindres, est qu’il évolue comme nous
aujourd’hui, dans un milieu largement indifférent sinon même hostile : la
foi a déserté Israël, de même qu’elle a déserté aujourd’hui en Europe, il
ne reste plus que quelques îlots qui ont bien du mal à résister à la
formidable puissance de la religion païenne de Baal, avec ses temples
luxueux, ses liturgies bruyantes, et surtout ses communautés de prêtres
et de prophètes qui ont pignon sur rue en étant proche du pouvoir en
place //.
Mais Elisée est seul, même s’il est lui-même en lien avec une
communauté de fidèles qui lui voue un attachement absolu. Nous aussi
nous sommes parfois bien seuls, on le voit que trop malheureusement
lors de la préparation des baptêmes ou des mariages, au milieu d’une
marée humaine de gens si loin de la foi, si loin de nos préoccupations
pastorales qui sont ni plus ni moins que d’instiller au cœur des personnes
la foi en Jésus-Christ, sauveur, ami des hommes, mort pour nous,
ressuscité pour nous. En ce qui concerne la préparation des baptêmes,
préparer et vivre une belle célébration qui met en valeur le bébé, son
parrain, sa marraine, immortaliser ce moment par une belle photo autour
de l’arrière-grand-mère, tout cela va bien. Mais si nous parlons pour le
bébé catéchisme à venir, éducation à la prière, eux qui ne savent même
plus le Notre Père ou le JVSM, tout cela ne leur dit plus rien, leur est
totalement étranger, nous t’entendrons là-dessus une autre fois est leur
réponse, exactement comme les Athéniens le disent à Paul lorsqu’il
commence à leur parler de la résurrection d’entre les morts…
4. Le 2 ème détail qui me plaît chez Elisée dans cette 1 ère lecture est sa
proximité avec le tout-venant, et même l’amitié qui va naître entre lui et
la personne rencontrée. Ainsi en va-t-il avec notre lecture de ce matin :
une femme, avec l’accord de son mari, installe à Elisée tout ce qu’il faut,
quand il viendra à repasser dans sa localité. Nous les prêtres diocésains,
parce que nous ne sommes rattachés à aucune communauté religieuse,
avec ces règles particulières de présence à heures fixes pour la prière, les
repas, les temps communautaires, nous pouvons avoir cette liberté de
mouvement qui fait que nous pourrons plus facilement partager avec la
communauté qui nous a été confiée des temps gratuits de partage et de
réelle communion amicale. Certes nous n’avons pas d’enfants, « de petits-
enfants » faudrait-il dire à cause de l’âge que nous avons maintenant.
Mais vos enfants sont nos enfants, vos petits-enfants les nôtres, quand il y
a cette proximité. Le célibat ecclésiastique doit permettre cela. Car vos
joies sont nos joies, et vos peines sont nos peines, il est tellement plus
facile de vivre cela de façon réelle, puisque justement aucune passion
unique ou attitrée ne doit – normalement – nous habiter.
4. Environ 80 prêtres seront ordonnés cette année pour la France, vous
voyez que c’est bien moins qu’un prêtre par diocèse, quand on voit – et
tant mieux ! – que selon la parole de l’Evangile, la moisson est si
abondante, … et les ouvriers trop peu nombreux. A cette disette, le
Seigneur répondra, par les moyens qu’il veut, où et quand il veut. Mais il
faut l’aider dans son désir de donner des jeunes consacrés à son Eglise, et
en particulier son Eglise qui est à Sées ! Il faut l’aider en lui demandant
d’orienter notre prière, et en se faisant nous-mêmes, par notre droiture
de vie, par notre amour du Seigneur, les messagers de son appel. Amen !
Père Loic