6ème dimanche Temps Ordinaire - 15 février 2026

Père Loic Gicquel des Touches

DIMANCHE 15 FEVRIER 2026

6ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 1. Sur la montagne, au-dessus du lac de Tibériade (un des plus beaux panoramas de la Palestine), après avoir proclamé une par une les béatitudes, Heureux les doux, heureux ceux qui pleurent, heureux les artisans de paix…, Jésus poursuit son discours : il n’est pas venu abolir, il est venu accomplir.

 

2. Accomplir, il me semble, cela veut dire « rendre parfait, accompli, achevé, parachevé ». Comment Jésus finalement, est-il venu « accomplir » la Loi, la rendre à tel point parfaite qu’il n’y a plus rien d’autre à ajouter, que plus rien ne manque ?

 

3. En aimant jusqu’au bout, en aimant parfaitement, en aimant comme jamais personne n’a aimé avant lui, sinon son Père, sinon l’Esprit-Saint (car l’Esprit-Saint est l’amour de Jésus et du Père). La loi que Jésus est venu « accomplir », c’est d’aimer jusqu’au bout, bien au-delà des obstacles, des conflits, des oppositions, c’est de pouvoir traverser tout cela pour offrir au bout toujours la paix, la patience, la bienveillance, la maîtrise de soi qui sont les fruits de l’Esprit-Saint qui nous est donné par le baptême et la confirmation.

Seul Jésus a pu vivre cela complètement, parfaitement, et jusque dans sa Passion et sa mort dont nous rappellerons le douloureux souvenir tout au long de ce carême qui commence ce mercredi et qui nous appelle à nous souvenir de tout cela et à nous convertir.

 

4. Si on veut alors suivre Jésus, nous calquer sur ce qu’il a dit et fait, car il a toujours fait ce qu’il a dit, il est sûr que c’est exigeant (et cela nous prépare à la conversion du carême)… Il dit ainsi :

- ce n’est pas seulement de ne jamais commettre un meurtre que je vous commande, cela c’est facile à comprendre… Bien plus : Tu ne te mettras pas en colère contre ton frère… et cela c’est beaucoup plus exigeant, car quel est celui d’entre nous à qui cela n’arrive pas régulièrement, malheureusement ? C’est cela « accomplir » la Loi, car c’est aller tellement jusqu’au bout que cela nous paraît lointain, lointain…

 

4. Deux commentaires à cela :

- ne pas se mettre en colère, ne pas insulter son frère ou sa sœur, ne pas les traiter de fou comme le dit Jésus dans notre évangile, il faut le faire non pas tant parce que c’est mieux, parce que c’est bien, mais d’abord parce que Jésus l’a lui-même fait, « accompli ». En effet, nous sommes chrétiens parce que nous imitons Jésus, nous essayons de faire, de vivre comme il a fait, comme il a vécu.

- il y a aussi la belle incise : Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Je me dis que dans les processions d’offrande à la messe, ou celles pour venir communier, vue notre difficulté parfois à faire la paix, à vivre la fraternité les uns avec les autres, ce ne serait pas déplacé que tout d’un coup on voit l’une ou l’autre personne quitter les rangs et même l’église non pas pour dire : C’est trop dur pour moi, mais pour aller d’abord se réconcilier avec son frère, avec sa sœur.

 

5.  Tu ne commettras pas d’adultère dit la Loi, voulant préserver l’unité familial, l’amour conjugal, ce que l’on comprend aisément. Mais Jésus va tellement plus loin : Arrache ton œil droit si tu regardes une femme avec convoitise et jette le loin de toi ! Coupe ta main droite si elle entraîne ta chute… ! « En proclamant solennellement cela » dit Jésus, « je ne suis pas venu « abolir » la Loi, car celle-ci est bonne pour empêcher les désordres sociaux et maintenir l’unité de la famille et du tissu humain. Mais en vous donnant ces préceptes nouveaux et rigoureux de l’amour, du contrôle de vous-mêmes, et de la réconciliation à tout prix, je suis venu la pousser jusque dans ses derniers retranchements, je suis venu l’ « accomplir ».

 

6. En finale, quelques remarques :

- on ne voit pas Jésus se satisfaire d’une attitude qui serait quelque peu nonchalante, insouciante ou tout simplement molle : Jésus nous demande de nous « réveiller » et d’être cohérents, ce sont tous ces appels que nous entendons plus spécialement au moment du carême, il nous demande de ne jamais nous satisfaire d’une situation alambiquée, où on voudrait vivre dans la lumière, tout en restant dans l’obscurité : Que votre oui soit « oui » si c’est « oui » ; « non », si c’est « non » dit-il à la fin de cet évangile. Pas d’indolence, pas d’attitude contradictoire. Faites ce que vous dites ou proclamez.

- la deuxième remarque est quand il nous demande d’être meilleur que les païens : si notre attitude en tant que chrétien, n’est pas meilleure que ceux qui nous entourent et qui n’ayant jamais entendu parler de l’Evangile ne peuvent être blâmés, à quoi ça sert d’être chrétien ? Qu’est-ce qui nous différencie d’eux ? Montrez l’exemple nous dit-il, devenez des modèles par votre façon de vivre qui opposera la douceur à la force, la bienveillance au mépris, l’amour à la haine.

 

 

7. Gardons courage et confiance ! L’évangile peut paraître parfois exigeant, mais c’est sa raison d’être, contre toutes nos paresses à aimer, à pardonner, à faire la paix. Mais « Dieu est plus grand que notre cœur » comme on le chante parfois, notre cœur lent à se laisser toucher. Gardons au cœur ces belles paroles de saint Paul dans la 2ème lecture : Ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Ecriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Dieu est un Père aimant qui veut nous attirer toujours vers le haut. Amen