Père Loic Gicquel des Touches
DIMANCHE 25 JANVIER 2026
3ème dimanche du Temps Ordinaire
1. J’ai d’abord envie de vous parler de la Galilée. Quand on évoque Jésus, c’est souvent pour parler de sa passion à Jérusalem, de ces lieux éprouvants, marqués par une atmosphère quasi continuelle de tensions palpables, où la violence et la mort se déchaîneront très vite contre lui.
2. Rien de tout cela avec la Galilée, aujourd’hui encore. Ce sont de très beaux paysages, c’est le pays où Jésus a aimé préparer sa mission. C’est le pays aujourd’hui encore où on est loin des tensions entre palestiniens et juifs, c’est la splendide contrée où les monts du Golan ne sont pas loin, où la descente progressive vers le lac de Tibériade en venant du mont Arbel est prodigieusement belle. Dans ce décor verdoyant au printemps, sec en été, on imagine si facilement Jésus marcher le long du lac au bruit très reposant du clapotis des vagues.
3. Bref la Galilée, c’est beau et comme on comprend Jésus qui a tant aimé sa Galilée, à tel point que c’est là, en saint Matthieu et en saint Jean, qu’il a donné rendez-vous à ses disciples après sa résurrection.
Galilée des nations : la terre où coexistent, habitent ensemble sans tension apparente juifs et païens, romains et juifs, puisqu’on peut penser à juste raison que Joseph le père de Jésus a dû aller travailler à la ville romaine qui se construisait tout près de Nazareth, à Sepphoris.
4. Oui, quand Jésus vient habiter la Galilée, pays des antiques tribus de Zabulon et Nephtali, on peut comprendre alors que l’oracle d’Isaïe va s’accomplir : le peuple qui habitait les ténèbres (car opprimé autrefois par l’occupation ennemie) a vu une grande lumière, Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée…
La lumière, c’est le messie, c’est Jésus qui a planté sa tente provisoirement en Galilée, terre des nations…
5. Passons à l’appel des disciples par Jésus. La vocation, l’appel, c’est quelque chose de très mystérieux. Je voudrais en relever deux ou trois points seulement tels qu’ils sont soulignés par l’évangile de ce matin.
- Jésus appelle qui il veut. Pourquoi Pierre et André et non pas ceux du bateau à côté ? Pourquoi Jacques et Jean ? Peut-être que ceux du village suivant auraient aussi bien pu faire l’affaire ?
Une certitude : l’appel se fonde uniquement sur la mystérieuse initiative de Jésus, et ne dépend absolument pas de la valeur de la personne, parce qu’ils sont les « meilleurs ». Nous en avons une cruelle confirmation avec la trahison de Pierre et de Judas, par le fait qu’ils ont bien du mal à comprendre la mission de Jésus. Si je peux me permettre de prendre mon cas personnel, je vous assure que l’appel du Christ à être prêtre, que je peux dater, le 6 septembre 1975, m’a complètement pris au dépourvu, que je ne m’y attendais pas du tout… et que je n’ai pas pu refuser. Et tous les jours, je me dis : « pourquoi moi ? » C’est une grâce extraordinaire qu’il m’a faite, moi pauvre et pécheur dont je connais très bien les failles quotidiennes, une grâce imméritée, dont chaque jour je rends grâce.
- la deuxième chose, c’est qu’il appelle ensemble, Pierre avec André, Jacques avec Jean. Ce ne sont pas les premiers de classe qui seraient désignés par Jésus pour mener à bien sa mission que le Seigneur appelle, mais, pour édifier avec lui son royaume, pour annoncer la bonne nouvelle, il appelle ensemble à le faire : pas le prêtre tout seul, mais le prêtre avec ses confrères ; pas le curé tout seul, mais le curé avec les baptisés ; pas l’évêque tout seul, mais l’évêque pécheur comme les autres, avec son peuple.
6. Je voudrais m’arrêter enfin à l’expression pêcheurs d’hommes : Venez à ma suite (…) et je vous ferai pêcheurs d’hommes. L’expression est très belle car elle évoque bien sûr le baptême. Venez à ma suite, et je ferai de vous des baptiseurs. Les hommes, grâce à vous, passeront par l’eau du baptême. Vous les arracherez à ce qui les étouffe, à tout ce qui, dans leur vie, risque de les noyer, la désespérance, l’avenir opaque, tous les A quoi bon de la vie, le découragement, le doute, la tristesse… pour les amener à l’air libre et pur de la foi, c’est-à-dire de la découverte que je peux les arracher à tout cela par le salut que je suis venu apporter sur la terre s’ils mettent leur confiance en moi, s’ils s’attachent à moi pour toujours par le baptême.
7. Aujourd’hui le Seigneur passe le long de la berge de nos vies. Voyons-le passer à côté de nous, et même si ce n’est pas pour un appel aussi spectaculaire de tout laisser derrière soi, faisons retentir en nous le doux appel à le suivre. Amen !
P. Loïc Gicquel des Touches