4ème dimanche Temps Ordinaire - 1er février 2026

Père Loic Gicquel des Touches

DIMANCHE 1er FEVRIER 2026

4ème dimanche du temps ordinaire – les Béatitudes

 

Il prendra pour abri le nom du Seigneur (Sophonie, 1ère lecture)

Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort (2ème lecture)

 

1. C’est un des évangiles les plus célèbres, mais comme souvent, Jésus nous prend à revers, nous empêche de tomber dans la facilité d’une réflexion trop rapide : comment peut-on dire en effet Heureux ceux qui pleurent, ou heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ?

 

2. J’aime beaucoup l’introduction car il y a tout Jésus là-dedans, le Jésus qu’on aime, le Jésus qui nous prend vigoureusement par la main.

- voyant les foules : (de quel regard s’agit-il ?)

- il gravit la montagne – la montagne de nos vies qui se présentent à nous comme une montagne à gravir, comme une suite d’efforts que nous avons à faire, et pas du tout une vie où nous n’aurions plus qu’à nous laisser aller, en pente douce.

Mais, de là-haut, la vue est tellement belle !

La montagne, ce sont aussi nos épreuves, nos échecs, nos désillusions, mais Jésus est avec nous

- il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. L’image est magnifique, il s’agit de nous, il s’agit de l’Eglise, telle qu’elle devrait être, les disciples rassemblés autour du maître. Il s’agit de notre assemblée du dimanche : nous nous asseyons affectueusement autour du maître qui nous instruit.

 

3. En effet, pour nous dire ce qu’il a à dire, il faut nous conduire là-haut, il faut prendre de la hauteur, pour juger, pour agir.

Et ce qui frappe, c’est que tout ce que dit Jésus va complètement à l’encontre de ce qui semble être la règle aujourd’hui dans notre monde, tel que cela peut s’étaler à la une dans nos journaux, où la règle semble être celle de l’imposition de la force et de la domination. On a l’impression que, dans notre monde, et aux plus hauts sommets, la règle c’est : je frappe d’abord. Je montre mes muscles. J’impose ma loi.

 

4. Rien de tout cela avec les Béatitudes où Jésus dit carrément que le bonheur ne pourra venir que si le cœur n’est pas encombré seulement de lui-même, où il fait humblement, modestement, de la place pour l’autre. Toutes les béatitudes vont dans ce sens : faire place à l’autre, ne pas être auto-référencé, disait le pape François, souffrir pour l’autre, pleurer pour l’autre, rire pour l’autre. Et non pas avoir cette attitude complètement mortifère parce que stérile d’un cœur égoïste, dur et sec.

 

5. Seule cette attitude, disent les Béatitudes, peut te rendre heureux car le vrai amour consiste à se projeter dans l’autre, dans son bonheur, et non pas à se tourner seulement vers soi dans une quête stérile de satisfaction.

Ainsi, quand tu pleures, quand tu es doux, quand tu n’es pas obsédé par ton bien-être personnel, c’est le bonheur de l’autre qui te préoccupe, car tu sais que ton bonheur ne sera un vrai bonheur que si tu peux le partager avec ceux qui t’entourent, et particulièrement les plus démunis, les plus pauvres.

 

6. Comme ces béatitudes parlent bien de Jésus ! Et parlent finalement d’une facette de lui qu’on ne connaît pas bien : sa joie de vivre, son bonheur. Le pauvre de cœur, c’est celui qui garde une place énorme pour l’autre dans son cœur, un cœur qui aime, et un cœur qui aime n’est pas égoïste : c’est Jésus qui a tout donné à ceux qu’il a rencontrés, et qui nous donne tout de son cœur, aujourd’hui encore. Cela l’a rendu profondément heureux.

Celui qui pleure, et en pleurant manifeste sa sollicitude, son amour, c’est Jésus encore qui a pleuré la mort de son ami Lazare, qui a pleuré devant Jérusalem. Cet amour de compassion l’a bouleversé et le rendait si attachant !

Heureux les doux, comme il a été « doux », c’est-à-dire ne jugeant pas, n’accablant pas, n’appuyant pas là où ça fait mal, avec Matthieu le publicain, avec la femme adultère, avec le centurion lui demandant la santé de son serviteur !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, comme il l’a montré avec ses paroles de fermeté contre des pharisiens, des scribes, voulant rejeter le pauvre sans recours.

Et finalement si Jésus a eu une telle aura, si tant de personnes ont voulu le suivre dans leur dénuement parfois et aussi dans leur recherche d’une vérité à laquelle ils n’avaient pas accès, c’est parce qu’il se dégageait de lui une joyeuse assurance donnée par la pratique personnelle de ces béatitudes.

 

7. Qu’il en soit de même pour nous, demandons pour nous au Seigneur la grâce d’entrer davantage encore dans la pauvreté du cœur, dans la pratique de la justice et de la miséricorde, dans celle de la douceur vis-à-vis de nos voisins et proches, et par surcroît, il nous donnera le véritable bonheur, celui d’aimer et d’être aimé. Amen.

 

P. Loïc