3ème dimanche Carême - 8 mars 2026

Père Loic Gicquel des Touches

DIMANCHE 8 MARS 2026

3ème DIMANCHE DE CARÊME, 1er scrutin

 

1. Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? Cette parole entendue tout à l’heure dans la 1ère lecture, celle du livre de l’Exode, vient du peuple hébreu dans le désert ; certes il a été libéré de l’Egypte, il a passé la mer Rouge, mais il se trouve désormais confronté à la nature hostile du désert, et au manque d’eau. Oubliant la libération miraculeuse de l’Egypte, il « récrimine » alors, et s’en prend violemment à Moïse qu’il accuse de les avoir fait sortir imprudemment de ce pays, regrettant amèrement le pays d’où ils venaient dans une formule célèbre du livre des Nombres : Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail ! (Nb 11,5).// Mais le besoin le plus criant est celui de l’eau, cela devient une obsession comme on peut aussi l’imaginer ; ils s’exaspèrent en répétant cette formule : Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? //

 

2. Comme cette parole peut faire écho en nous alors que nous vivons une époque marquée par tant d’instabilité nationale et surtout internationale !! Cela peut être votre sentiment, ou le sentiment de ceux qui vous entourent, car il y a de quoi être vraiment découragé devant le spectacle difficile à supporter de tant de souffrances chez les victimes des pays qui se font une guerre sans merci, au mépris de toutes les règles internationales édictées avec beaucoup de patience depuis la dernière guerre mondiale, où il semble qu’il n’y a qu’une règle qui triomphe, celle de la violence par les armes. Et alors, on peut légitimement faire monter le même gémissement que celui du peuple hébreu : le Seigneur est-il au milieu de nous  > qui permet tant d’horreur, tant de haine, tant de destruction ? Est-il au milieu de nous celui qui permet que le cœur de l’homme soit habité par le désir de vengeance plutôt que celui de la paix, par l’orgueil plutôt que la sagesse avant d’entamer un combat meurtrier dont on ne connait pas vraiment l’issue ? //

 

3. Dieu est-il au milieu de nous oui ou non ?

La première réponse est de dire avec force que Dieu en Jésus ne s’est pas incarné dans un monde idéal qu’il aurait transformé de façon magique par sa seule présence. Le monde où nous sommes est irrévocablement marqué par le péché, c’est ce qu’on appelle le péché originel. Ne soyons pas naïfs, ne rêvons pas d’un monde qui n’est pas le nôtre ; vous le savez comme moi, nos meilleures résolutions sont souvent battues en brèche par le naturel qui revient au galop, la volonté de dominer l’autre, notre difficulté à reconnaître nos fautes, nos jugements, notre égoïsme.  Nous sommes marqués par cela, et parfois malheureusement, quand une personne exerce un peu de pouvoir, au niveau de sa famille, au niveau de son couple même ou de ses enfants, cela fait bien des dégâts ; et bien pire encore, au niveau d’un pays, cela peut prendre des proportions redoutables : il y a le dictateur qui dicte ses volontés au mépris du bonheur et de la paix de son peuple. Et il y a aussi la soif du pouvoir et l’impossibilité de concevoir le dialogue comme exercice de la démocratie qui risque d’entraîner votre pays dans une succession de guerres et de destructions sans fin.

Bref, le réalisme de la foi nous entraîne à reconnaître avec la bible ! : le cœur de l’homme est bien malade ; cela, nous devons le regarder sans fard, droit dans les yeux, afin aussi de mieux le combattre en nous et autour de nous.

 

4. Alors, devant ce cœur de l’homme qui est bien malade, devant ce monde qui est bien malade, devons-nous baisser les bras, devons-nous abdiquer, quitte à se laisser tarauder par cette question : Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ?  

La deuxième réponse nous prend aux entrailles et nous émeut profondément : // devant ce monde qui semble se perdre, et pas seulement d’aujourd’hui, d’hier aussi et d’avant-hier aussi, car voyez en particulier tous les ravages qu’ont fait successivement toutes les guerres dans le monde depuis que l’humanité existe, Dieu, en Jésus, a décidé d’épouser cette humanité torve, belliqueuse, pas nette en somme. Il n’a pas dit : je vais tous les détruire, les anéantir pour prix de leurs désobéissances. // Jésus s’est fait l’un de nous, il est venu au milieu de cette humanité pécheresse, il ne nous a pas dédaigné, repoussé. Et c’est là déjà une première magnifique bonne nouvelle ; il ne nous a pas regardé de haut, il ne nous a pas traité d’incapables, à ceux qui sont hommes et femmes de bonne volonté, il a non seulement tendu la main, mais il leur a dit : Venez à moi les bénis de mon Père et je changerai votre coeur. Cette amitié tendue, cet amour donné n’ont pas été de stricte convenance, ils sont réels, ils viennent du cœur même de Dieu.

 

5. Cet amour venant du ciel à travers la vie, l’œuvre et les paroles de Jésus, nous le savons, est allé jusqu’à la mort, et une mort effroyable, telle qu’on peut l’évoquer en ce moment dans la paroisse par les nombreux chemins de croix qui sont organisés dans différents clochers. Et cela aussi nous émeut profondément ; accepter de mourir pour un homme de bien, c’est déjà difficile dit saint Paul dans une de ses lettres ; mais mourir pour nous, mourir pour le plus horrible des pécheurs, mourir pour des hommes qui ont entraîné dans leur méfait tant et tant de deuil et de larmes, cela il l’a fait, et notre cœur se serre à chaque carême, à chaque vendredi-saint à l’évocation de cet amour.

 

6. Je n’ai pas recueilli les confidences de chacun des catéchumènes ici présents au sujet de ce qui nous rassemble à chaque messe dans cette église, c’est-à-dire d’accueillir au plus profond de nous la générosité du Seigneur qui s’est fait pauvre pour venir jusqu’à nous, qui a donné sa vie pour nous, pauvres pécheurs, mais je leur dis et vous aussi avec moi je pense, qu’ils ont tellement raison, par le scrutin de ce matin, par le baptême qu’ils vont vivre dans un peu moins d’un mois, qu’ils ont vraiment raison et qu’ils font bien / d’aller vers Celui qui est la source d’eau vive, vers Celui qui est le seul vraiment qui puisse combler leur attente d’une vie pleine, chargée de sens, d’une vie où on sait d’où on vient, et où on va, c’est-à-dire vers celui qui est le seul qui peut nous rassasier, qui peut étancher toutes nos soifs. Amen !

 

P. Loïc GdT