Vigile Pascale
VIGILE PASCALE 4 AVRIL 2026 (A)
Baptêmes Rémi, Hugues, Béatrice, Céline, Théa, Paloma, Lisa et Sophie
1. Ça paraît tellement magique cette résurrection, nous avons du mal à y croire, comme les femmes et les disciples de l’Evangile, et pourtant c’est le cœur de notre foi, ce cœur sans lequel saint Paul dit très clairement que si nous n’y croyons pas, si nous la mettons de côté, vide est notre foi, elle ne sert à rien.
2. Saint Matthieu, c’est un peu sa marque personnelle, en rajoute sur le merveilleux : il est le seul à parler du tremblement de terre (au propre et au figuré, parce que sans doute c’est un véritable séisme, la mort terrible de cet innocent ; et la résurrection c’est aussi un séisme !), le seul à parler du geste quasi théâtral de l’ange qui vient rouler la pierre et s’asseoir dessus, et des gardes que les autres évangélistes ne mentionnent pas, qui se mirent à trembler et devinrent comme morts, scène immortalisée dans beaucoup de tableaux et sur beaucoup de vitraux des églises du monde entier //. Oui, la résurrection de Jésus, ce n’est pas rien !
3. Acte impossible, que les plus grands progrès de la médecine, même aidés par l’intelligence artificielle, ne pourront jamais reproduire : comment peut-on « ressusciter » ? Que signifie cette résurrection qui fait que non seulement Jésus réapparaît vivant, tel qu’il fut, avec un corps de chair, qui se laisse toucher par les femmes qui lui saisissent les pieds en se prosternant, qui invitera bientôt l’apôtre Thomas à toucher les plaies de la crucifixion… mais aussi complètement « autre », apparaissant et disparaissant, franchissant les murs de la maison où les disciples s’étaient enfermés… et finalement, au bout d’une quarantaine de jours disparaissant définitivement aux yeux de ses disciples en promettant d’envoyer son Esprit saint.
Oui, quels mots employer pour tenter d’expliquer l’inexplicable, non pas la réapparition de Jésus au matin de Pâques, mais l’inexplicable que la mort n’a pas eu raison de Jésus ? Que la mort a été vaincue ? Si bien que nous pouvons reprendre les mots de saint Paul : Ô mort, où est ta victoire ? Et encore saint Paul dans la lettre aux Romains lue juste avant l’Evangile, que la mort n’ait pas eu de pouvoir sur lui ?
4. J’aime beaucoup ce geste théâtral de l’ange, entendu tout à l’heure, qui descendu du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Mais cette pierre était gigantesque, pesant « des tonnes » comme on peut le dire trivialement. Et l’ange « s’assoit dessus », comme pour dire encore mieux que la mort est vaincue, puisqu’il s’assoit dessus. Il s’assoit sur cette mort qui, avant Jésus, était vainqueur, tenait les hommes et les femmes dans ses filets, sans espoir, sans perspective de salut, la mort éternelle… A travers le geste de cet ange, c’est Jésus qui a vaincu la mort, qui l’a mise sous lui comme dans un combat féroce, l’adversaire vaincu est tenu solidement sous le vainqueur qui pèse sur lui de tout son poids, et qui est vainqueur.
5. Dans ce très rude combat, parce qu’il s’agit ni plus ni moins d’un combat contre la mort qui attend son heure, sournoise et mauvaise, la mort qui sous nos yeux prend l’apparence du mal, Jésus a gagné. Ce mal, c’est l’hypocrisie de Pilate et des chefs des juifs ; c’est la jalousie, vouloir être le premier avec la peur d’être dépossédé de son pouvoir, quel qu’il soit. Ce mal, c’est la convoitise, faire sien, ce qui n’est pas à soi. Dans ce combat, nous sommes confondus et malheureux, parce que nous nous reconnaissons dans les attributs de ce mal, et cela fut pour Jésus un combat extrêmement douloureux, éprouvé dans son corps et son cœur, une croix si lourde à porter que sur ce chemin qui le menait au Golgotha, il est tombé 3 fois.
6. Si Jésus a remporté ce combat, d’où il est sorti en montrant ses plaies, ses mains et son côté en particulier, qu’il montre à saint Thomas, c’est que c’est l’Amour qui a vaincu. L’Amour le plus fort ; l’amour invincible. Mais pas n’importe quel amour nous le savons : pas un amour grandiloquent, théâtral, spectaculaire, qui viserait à nous en mettre plein la vue ; vous connaissez ces formules paradoxales, mais si vraies de saint Paul, souvent entendues aux mariages, qui dit : j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien… On peut ainsi distribuer toute sa fortune aux affamés sans avoir de l’amour, et même la foi jusqu’à transporter les montagnes… L’amour de Jésus est un amour qui s’est toujours abaissé, comme il s’est abaissé devant ses disciples pour leur laver les pieds, comme il s’est abaissé devant un enfant pour le prendre dans ses bras. Cet amour s’est tellement abaissé pour arriver jusqu’à nous, cet amour qui a pris nos souffrances et nos péchés, le diable, malgré toutes ses tentatives, ne peut rien contre lui, et il a été définitivement battu.
7. Chers amis catéchumènes, qui tout à l’heure par le baptême, allez devenir les néophytes de l’Eglise, c’est-à-dire ses « jeunes pousses », vous avez raison d’avoir « misé » sur Jésus tout votre être, tout ce que vous êtes. Vous n’allez pas être baptisés tout à l’heure parce que vous êtes les meilleurs, vous n’avez même pas besoin de lui montrer tous vos mérites. Il vous prend tels que vous êtes. Plus encore : vous allez à lui parce que vous savez qu’il prend sur lui vos défaillances, votre incapacité à aimer vraiment / comme vous aimeriez le faire. Bref : vous aussi vous faites un acte d’amour, car vous commencez à savoir que sans lui, vous ne pouvez pas faire grand-chose. Recevez en vous, profondément, cet amour qui est la marque du ciel, un amour désintéressé, un amour qui veut vous conduire vers le ciel. Soyez baptisés dans sa mort et sa résurrection pour avoir accès à la vie éternelle. Amen !
P. Loïc Gicquel des Touches