SAMEDI 18 JUILLET 2026 A BONNEFOI, DIMANCHE 19 A L’AIGLE

16ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

1. Un petit mot d’histoire d’abord et de botanique : l’ivraie dans un champ, c’est une catastrophe : car semée, elle se répand très vite au milieu du blé, on ne la remarque pas d’abord parce qu’elle ressemble justement à du blé ; et si un tout petit peu de farine d’ivraie se mélange à la farine de blé, elle empêche paraît-il la fermentation du pain lors de la fabrication de la levure. // Consommée par inadvertance, elle provoque aussi de violents maux de tête. Nous ne sommes donc pas très étonnés que d’apprendre enfin que c’était une pratique de guerre de semer de l’ivraie dans les champs d’un pays ennemi à tel point qu’une loi romaine du 6ème siècle l’avait interdit. // Donc, quand Jésus parle de l’ivraie, tout le monde sait de quoi il s’agit, et tout le monde écoute !

 

2. En fait, Jésus parle en parabole, en image si vous voulez, et ses images font mouche. Car la parabole du bon grain et de l’ivraie, ce n’est ni plus ni moins qu’une allégorie de l’homme, de l’humanité, du « monde » dit Jésus dans son explication : en nous, nous le savons, nous le devinons, il y a du bon grain, il y a du bon, nos désirs d’aimer, de servir, de bien faire… Et il y a l’ivraie, ce qui contrecarre justement le bien que nous sentons en nous et que nous voulons faire : l’agressivité qui monte parfois en nous, le dédain vis-à-vis des autres, un orgueil, un égoïsme, une tentation mal maîtrisés… Les deux coexistent en nous, nous le sentons, nous ne pouvons pas le nier.

 

3. Nous sommes faits de cela, nous sommes des êtres finalement déchirés, l’apôtre Paul le dira magnifiquement, entre le bien qui est à notre portée et que nous voudrions faire, et le mal, à notre portée, que nous ne voudrions pas faire. Malheureux homme que je suis ! dira-t-il dans une de ses très célèbres expressions, qui sortent du cœur !

 

4. Le bon grain… et l’ivraie ; l’irrésistible appel à la sainteté, à nous dévouer corps et âme, à aimer Jésus et nos frères de tout notre cœur, à nous donner à fond pour telle cause, à partager vraiment la souffrance de notre frère ou sœur qui ne vont pas bien, tout cela peut coexister et parfois sans transition à ce que nous sentons bien présent au fond de notre cœur : la cupidité, le désir de possession, des désirs inavouables dans l’ordre de la sexualité, l’orgueil, l’égoïsme.

 

5. Tout cela est en nous, et fait partie de notre quotidien, depuis notre naissance. L’ivraie présente, semée par l’ennemi, qui fait partie de ce qu’on appelle le « péché originel », ne doit jamais nous faire oublier qu’il y a aussi le bon grain en nous, cet appel à aimer, à nous dépasser, et même parfois à nous sacrifier ; et le bon grain qui est en nous ne doit jamais nous faire oublier qu’il y a aussi de l’ivraie en nous.

 

6. C’est comme ça, et ce sera comme cela jusqu’à la fin de notre vie, et au lieu de nous lamenter à l’extrême, il vaut plutôt mieux de nous en réjouir, car la présence de l’ivraie engendre en nous au moins cette vertu capitale : la modestie, l’humilité. « Oui » pour telle qualité, mais dont on sait par ailleurs qu’elle a été peut-être héritée de notre père, de notre mère, ce qui nous rend plus modeste justement, et il est important de reconnaître ce que nous devons de bien à nos parents. Mais nous nous connaissons bien aussi, et nous connaissons aussi nos blessures cachées, nos défaites intimes, nos découragements intérieurs. Là-dessus, nous sommes parfois de très mauvais juges : d’une personne que nous admirions profondément pour telle ou telle qualité, nous apprenons un jour avec surprise la grande fragilité.

 

7. C’est ce qui fait que nous avons envie d’approcher les grands saints de notre calendrier : pas tant pour les miracles qu’ils ont pu faire, mais parce que on sent en eux cette si profonde humanité car ils savent ce qu’ils doivent à Celui qui est miséricordieux ; les grands saints, ce sont ceux qui d’abord rendent grâce à Celui qui les a libérés de leur misère, de cette ivraie qui leur colle à la peau : François d’Assise, Bernadette de Lourdes qui est morte en prononçant deux fois ces paroles du Je Vous Salue Marie : Priez pour moi pauvre pécheresse, pauvre pécheresse…, saint Benoit-Joseph Labre…

 

8. N’enlevez pas l’ivraie, dit le semeur, car en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Nous le comprenons bien maintenant car, finalement, c’est aussi l’ivraie qui fait que le cœur de l’homme peut s’ajuster à ce que Dieu désire pour lui qu’il soit, et qui peut faire resplendir le bon grain qui est en lui.

 

9. Qu’est-ce que le baptême vient éclairer dans cette parabole ? Quelque chose d’essentiel : ce n’est pas l’ivraie qui sera vainqueur ; car déjà, dans le cœur du baptisé, il y a l’assurance que cette ivraie est vouée à la résurrection finale, à être liée en bottes et à être jetée au feu. Parce que justement par le baptême, nous sommes configurés à Jésus qui a pris sur lui notre être mortel et pécheur. Il prend notre ivraie. Et Jésus lui, est vainqueur de l’ennemi, du Mauvais comme il l’appelle. A la fin des temps, le bon grain, qui était étouffé, caché et parfois confondu avec l'ivraie au milieu du champ, sera enfin pleinement révélé dans sa beauté et sa lumière. Amen

 

P. Loïc