12 ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

21 JUIN 2026

 

1. Il faut bien l’accepter : de temps en temps, la Parole de Dieu du

dimanche manque singulièrement de l’image, du mot, de la phrase sur

lesquels le prédicateur va pouvoir s’appuyer pour lancer son homélie

destinée à réveiller notre élan vers Dieu parfois assoupi. Je ne sais pas si

vous avez pris le temps de lire cette Parole avant de vous rendre ce matin

à la messe, je sais que beaucoup le font grâce aux multiples applications

qui existent maintenant, peut-être cela a-t-il été votre remarque.

2. Et cependant il faut bien prendre la Parole comme elle se présente, et il

faut toujours se dire : Mais qu’est-ce que le Seigneur veut me dire

aujourd’hui, y compris à travers ces lectures qui a priori ne m’emballent

pas outre mesure ?

3. Toutes les lectures (ce soir) (ce matin) sont en demi-teinte. Bien sûr on

y perçoit l’espérance dont doivent se revêtir comme de juste les croyants,

// mais il est d’abord question, il faut en convenir, du rude combat que

doit affronter celui qui veut mettre justement sa confiance en Dieu.

4. Le mot de combat n’est pas de trop, et il est honoré dans la bible avec

le fameux récit du combat de Jacob avec l’ange, dans le livre de la

Genèse.// A-t-on jamais dit que la vie de n’importe quel humain, la vôtre,

la mienne, n’était qu’un long fleuve tranquille ? Ce combat contre soi,

contre toutes les tentations qui se présentent et que nous écartons

difficilement, / ce combat contre les autres, car il faut bien se faire une

place dans la vie, et c’est parfois au prix d’un certain combat, contre Dieu

aussi, car nous avons bien du mal à accepter sa réalité, ce combat est bien

réel.

5. Ce fut celui du prophète Jérémie, entendu dans la 1 ère lecture, dont

nous avons un petit extrait (ce soir) (ce matin) au milieu des 52 chapitres

 

du livre qui sont, il faut bien le reconnaître, un peu à l’égal du texte que

nous avons entendu : une longue plainte, poignante, mais toujours sur le

mode de l’amour blessé ; c’est-à-dire que Jérémie, s’il se plaint, jamais ne

remet en cause l’expérience fondamentale qu’il a vécue tout jeune

encore : le Seigneur est là, certes Jérémie connaîtra des épreuves de

toutes sortes qui lui feront mal, mais toujours il sera avec lui. En effet,

dans l’expérience de sa vocation première, il lui a dit : Je t’envoie et je te

donne autorité pour arracher et renverser, détruire et démolir… Comment

voulez-vous qu’avec une telle mission, il ne se fasse pas plein d’ennemis

prêts à en découdre avec lui ? Entre parenthèses, arracher et renverser,

détruire et démolir, telle fut aussi la mission de Jésus !, tel il fit aussi !

Nous ne pouvons pas alors nous étonner de l’agressivité extrême qu’il a

alors suscitée autour de lui.

5. La lettre aux Romains, la 2 ème lecture, est elle aussi en mode mineur, car

elle traite d’un thème qui n’a pas la faveur du grand public, et qui suscite

bien des incompréhensions chez les chrétiens, bien que d’une importance

extrême : le péché originel. Oublions un peu la façon trop naïve de lire le

texte de saint Paul en faisant de l’unique Adam la cause du péché de tous

les hommes, une espèce de malédiction que les hommes traîneraient à

cause de lui, ce qui serait en effet profondément incompréhensible, et ne

retenons que l’essentiel : Adam représente l’humanité, c’est-à-dire vous,

moi, // et tous, nous faisons l’expérience humaine de notre radicale

impossibilité à atteindre Dieu par nos seules forces. Nous faisons l’amère

expérience que nous sommes pécheurs, quoi qu’il arrive. Et par contraste,

nous faisons la douce expérience que nous avons besoin d’un Sauveur.

Voilà ce qu’est le péché originel, je pense que c’est très facile à

comprendre, c’est-à-dire une tache qui marque notre origine, depuis

toujours. Tout seul, nous ne pouvons pas nous en tirer, dit trivialement.

Nous ne faisons pas le bien que nous voudrions faire, et nous faisons le

mal que nous ne voudrions pas faire.

 

6. Cette expérience si déstabilisante, car pour la plupart d’entre nous,

c’est vers le bien que nous voulons aller, et nous en mesurons souvent la

fragilité, c’est Jésus qui vient nous aider à la vivre en ne tombant pas dans

le découragement, car c’est lui seul qui peut nous aider à porter l’être de

chair, impuissant que nous sommes. Le Sauveur, c’est Lui, et ce n’est pas

nous, et comme c’est important de nous redire cela à l’époque où nous

vivons où tant de sirènes s’agitent au cœur de l’homme pour nous

affirmer que nous n’avons pas besoin de Dieu, à l’heure où la technologie

semble vouloir tout résoudre, où l’ambition de l’homme n’a plus de

limites, puisqu’il peut tout conquérir par lui-même, puisque plus rien ne

semble être un mystère pour lui… à l’heure où l’intelligence artificielle,

dont on connaît les immenses dangers, semblent lui ouvrir des espaces

illimités.

7. L’évangile de ce jour nous rappelle donc avec force que là n’est pas le

bon chemin à prendre, celui de la Tour de Babel, où nous n’aurions plus

besoin de Dieu, pour faire barrage à cette perspective où il semble que

l’homme n’a plus besoin de Dieu. Celui qui nous appelle avec douceur à

marcher avec lui, ce n’est pas une machine, ce n’est pas un robot qui

susurre à notre oreille « Je veux ton bien » et qui nous plonge dans un

abîme sans fond. C’est quelqu’un qui est venu prendre notre condition

humaine, qui a voulu souffrir comme l’homme souffre, solidaire de notre

humanité souffrante, un qui se tient à nos côtés pour nous dire que tous

nos cheveux sont comptés. Ce n’est pas une machine, ce n’est pas une

voix générée par l’Intelligence Artificielle, c’est un frère, il a payé pour toi

en mourant pour toi, c’est lui le seul Sauveur. Amen !

Père Loic